Présentation des Oratoires

PRESENTATION DES ORATOIRES

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DEFINITION D’UN ORATOIRE

C’est un petit monument à caractère religieux.
 
De nos jours, en dehors de la dévotion populaire dont certains sont encore l’objet, ils témoignent de la Foi de nos ancêtres et sont la mémoire de nos villages, restant parfois seuls à en signaler l’emplacement quand ceux-ci ont disparus
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Erigés pour nous protéger, il nous appartient de les sauvegarder afin de les  transmettre aux générations futures.
 
Ils sont vulnérables, soumis à l'agréssivité des intempéries, à l'indifférence des hommes, aux priorités d'aménagement du territoire, et fait plus grave, au vandalisme.
 
Ses formes sont d’une très grande diversité selon les régions et en fonction des matériaux utilisés pour sa construction. Le type le plus classique est celui du pilier représenté ci-contre, dont les éléments constitutifs, sont :
LA CROIX, qui surmonte l’édifice repose parfois sur une boule représentant le globe du monde. Réalisées  également en divers matériaux, certaines de très belle facture sont ornées de volutes et motifs, coeur, couronne  d’épines, attributs de la Passion.
 
LE TOIT, souvent précédé d’une corniche, est à une , deux ou quatre pentes en forme de pyramide pour les oratoires en maçonnerie ; les oratoires en pierre de taille permettant des formes plus variées , pyramides aux flancs incurvées, toits en poivrières, campaniles, clochetons, toits en voûte épousant les contours de la niche et agrémentés de sculptures et de moulures. Comme nous le verrons ci-après, les matériaux utilisés pour la couverture sont également très divers.
 
LA GRILLE, destinée à protéger la statue du Saint est fixe (simples barreaux verticaux scellés) ou porte ouvrante, ouvrages de ferronnerie (fers plats, ronds, carrés, torsadés) assemblés avec volutes et motifs décoratifs qui sont  parfois de véritables chef-d’oeuvre. A l’inverse, les plus humbles sont constitués d’un simple grillage tendu sur un  cadre métallique ou un simple cadre de bois.
 
LA NICHE, partie maîtresse de l’oratoire, est destinée à abriter la statue du Saint. Carrée ou rectangulaire, elle se  termine à sa partie supérieure par un arc en anse de panier, arc brisé en ogive, arc en accolade, arc trilobé, arc de  plein cintre qui peut être en cul de four souvent orné d’une coquille. Elle revêt parfois la forme d’une lanterne ouverte sur 2, 3 ou quatre faces. Certains oratoires possédant parfois plusieurs niches sur la face principale et sur les cotés.
 
LE FÛT, pilier de section carrée, rectangulaire, triangulaire, polygonale, ou colonne cylindrique, nous procure, grâce aux inscriptions qui y sont gravées de précieuses indications sur la date et les circonstances de son érection, le nom du Saint à qui il est dédié ainsi que le nom de son donateur. Il est habituellement surmonté d’une corniche sur laquelle repose la niche.
 
LE SOCLE, de faible hauteur raccordé au fût par un chanfrein, un congé, un arrondi ou une moulure.
 
LE SOUBASSEMENT, servant d’ancrage du monument dans le sol, souvent constitué de larges dalles de pierre, pouvant former escalier d’accès ou marches agenouilloir.


ORIGINE DES ORATOIRES

Les religions façonnent à leur image le paysage des pays où elles se sont développées et depuis la nuit des temps les civilisations, même les plus primitives, ont laissé l’empreinte de leurs croyances, de leurs coutumes et de leur foi au travers des monuments divers qu’elles ont érigés

LE CULTE DE LA PIERRE

Les pierres levées, les menhirs de Bretagne et ceux de Corse (datés de 2900 à 2700 avant l’ère chrétienne) peuvent être considérés comme les ancêtres des oratoires.
 
La Bible fait pour sa part mention de ces pierres levées : Josué Chapitre XXIV. 26-27 « Il prit une très grande pierre qu’il mit sous un chêne qui était dans le sanctuaire du Seigneur et il dit à tout le peuple : cette pierre que vous voyez servira de Monument et de témoignage qu’elle a entendu toutes les paroles que le Seigneur nous a dites. ».
 
 Les Romains bâtissaient beaucoup d’oratoires dans leur maison, les Laraires, et le long des voies et aux carrefours, comme celui de Voutenay-sur-Cure, cf. http://bdd.oratoires.com/Fiche.html?id=12837

LE CULTE DE L'ARBRE

Il a une très ancienne origine et se retrouve chez de nombreuses populations primitives et dans les civilisations du monde entier.

Les Ligures et les Celtes vénéraient principalement les chênes et les hêtres, pour les peuplades scandinaves le chêne personnifiait leur Dieu Thor.   cf : http://bdd.oratoires.com/Fiche.html?id=10269

Les Perses vénéraient le dattier et l’olivier, ils couvraient les platanes de clous, de loques et d’ex-voto ; ils allumaient des cierges et brûlaient de l’encens au pied des cyprès.
Les Hindous adoraient le palmier ; leurs textes font mention d’Arbres sacrés, Arbres des démons, Arbres de Dieu. Arbres de Bouddha, Arbres de la Connaissance.

En Grèce, la vénération des arbres était liée au culte des Dieux et des Héros : Olivier de Minerve, Laurier d’Apollon, Myrte de Vénus, Pin de Bacchus, Frêne de Mars, Chêne de Zeus.
Les sanctuaires primitifs d’Israël sont établis autour d’une pierre divine, d’une source ou d’un arbre sacré : Chêne d’Abraham à Hébron.

LE CULTE DE L'EAU

Source de vie et symbole de pureté est également présent dans le monde entier particulièrement en Inde.
En Gaule les sources étaient sacrées, et leurs eaux réputées apporter la guérison de très nombreus meaux, elles étaient souvent dédiées à des divinités. En Bourgogne, lors de fouilles réalisées aux sources de la Seine, de nombreux ex-voto d’époque gallo-romaine ont été découverts :
cf http://bdd.oratoires.com/Fiche.html?id=11838
Les évangiles mentionnent la guérison de malades à la Piscine de Siloé à Jérusalem. En dehors des effets thérapeutiques de certaines sources on leur attribuait des pouvoirs divinatoires – Sorciers et sourciers étant souvent les mêmes. L’église a repris à son compte ses vertus purificatrices avec les cérémonies du baptême.
En Bretagne aujourd'hui ces sources sacrées, christianisées sont encore vénérées et objet de pèlerinages collectifs ou individuels et de rituels de guérison propres à chaque source et donc à chaque saint.

L'ORATOIRE CHRETIEN

Les premiers évangélisateurs de la gaule s’efforcèrent de détruire ces témoins des cultes païens qui perdurèrent dans les campagnes pendant presque dix siècles.

Dans le courant du IV° siècle divers conciles dont celui d’Arles condamnent "ceux qui adoreront les arbres, les fontaines et les pierres" Confrontée à la réticence des populations, qui se refusent à les abattre, l’Église entreprendra de les christianiser.

Cette christianisation qui prendra plusieurs siècles, sera faite en fixant des croix sur les menhirs ou en les renversant, en dédicaçant les fontaines à la vierge ou à des Saints, et de même en ce qui concerne les Arbres sacrés, Saint Augustin déclare « Il en est des bois sacrés comme des gentils, on n’extermine pas ces derniers, on les convertit, on les change ; de même on ne coupe pas les bois Sacrés, on les consacre à Jésus-Christ ».

Ainsi, sanctifiés et protégés par l’église ces arbres sacrés se couvrirent alors de croix, de petites chapelles, de statuettes et d’ex-voto et des niches de la Vierge et des Saints furent accrochées à leur tronc et à leurs branches comme on peut en voir aujourd'hui encore.

Les fontaines christianisées continuèrent d'être visitées assiduement, les oratoires et les croix s'édifièrent sur les chemins et les places, par contre les menhirs même christianisés seront toujours objet de suspicion de la part des évêques.

Bibliographie des origines

Nota : Sur ce thème de l'origine des oratoires, nous nous appuyons sur des ouvrages d'auteurs, d'historiens, d'étymologistes, etc. réputés sérieux, en excluant tout ouvrage plus ou moins ésotérique.

Les Miracles, par Paul Chapuy, Editions Dorbon-Ainé,  1935 (à lire avec réserves)
La Mythologie Française, par Henri Dontenville, Editions Payot, 1948.
Histoire et géographie mythiques de la France, par Henri Dontenville, Editions Maisonneuve et Larose, 1973.
Dits et récits de mythologie Française, par Henri Dontenville, Editions Payot, 1950.
La France Mythologique, par Henri Dontenville, Editions Henri Veyrier, 1980.

Nos Vierges noires, par E. Saillens, Les Editions Universelles, 1945.
Déesses mères et Vierges noires, par Jean-Pierre Bayard, Editions du Rocher, 2001.
Chronique des derniers païens, par Pierre Chuvin, Editions Les Belles Lettres/Fayard, 1990.
Quand notre monde est devenu chrétien, par Paul Veyne, Editions Albin-Michel, 2007.

Montjoies et Oratoires par Pierre Irigoin, Ed. AdO, 1962. (épuisé)
Les Oratoires de France depuis les origines, par Pierre Irigoin, (Voir à la rubrique LIVRE  de ce site )


ANCIENNETE DES ORATOIRES

  
Les premiers documents écrits concernant les Oratoires de France figurent dans les ‘Chroniques de Saint Denis’ vers 1270. Plusieurs sont représentés sur les enluminures des frères Limbourg illustrant les ‘Très riches Heures du Duc de Berry’ (1415) dont le manuscrit est conservé au Musée Condé de Chantilly. La scène de la Rencontre des Mages a lieu à un carrefour marqué par une montjoie délicatement ouvragée ; en arrière-plan les monuments d’une ville, sensée être Jérusalem, sont aisément reconnaissables s’agissant de la Sainte-Chapelle, de Notre-Dame-de-Paris, du palais royal et de l’abbaye de Montmartre sur la hauteur. Cinq de ces monuments figurent sur le Plan de Paris de Turgot, établi en 1739, et, de nos jours il existe encore une montjoie semblable au chevet de Notre-Dame-de-Paris.
 
Directement dérivées de ces montjoies, les ‘Aiguilles de Figeac’, dans le Lot, datent du XIV° siècle. Hauts fûts hexagonaux, comportant une petite niche destinée à abriter une statue, ils se terminent en flèche élancée surmontée d’une croix. Il existe encore deux de ces aiguilles sur les sept érigées à l’origine pour marquer les limites de la ‘sauveté’ (droit d’asile) de l’abbaye de Figeac dont la construction remonterait au XIII° siècle.
 
Parmi les plus anciens oratoires connus, on peut citer celui de Conques (Aveyron) qui daterait du IV° siècle, érigé sur l’emplacement d’un gîte d’étape des pèlerins se rendant à Compostelle. A Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence), en bordure du chemin caladé conduisant à la chapelle Notre-Dame-de-Beauvoir, l’oratoire dit de ‘Blacas’ daterait du XIV° siècle.
 
 
 
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LOCALISATION DES ORATOIRES
 

L’emplacement des oratoires et leur environnement ne sont pas fortuits. En s’intégrant harmonieusement dans le paysage de nos campagnes ils constituent un des éléments essentiels de notre Patrimoine Rural.

Souvent situés à des carrefours, ils guident le voyageur sur le chemin d’un pèlerinage, d’une chapelle ou d’un ermitage. Leur érection a été notamment édictée par Louis XIV dans son Ordonnance sur les Eaux & Forêts de 1669 « Ordonnons que, dans les angles ou coins des places, croisées, trivières et biviaires, qui se rencontrent ès grandes routes et chemins royaux de nos forêts, nos officiers de maîtrises feront incessamment placer des croix, poteaux ou pyramides à nos frais, avec inscriptions et marques apparentes du lieu où chacune conduit. ».

 
Placés en évidence au passage d’un col, à l’angle d’un pont, au sommet d’un rocher ou au bord d’un précipice ils invitent les voyageurs à la prudence et à recommander leur âme à Dieu ; ils signalent parfois une source ou un puits où ils peuvent se désaltérer.
 
Certains d’entre eux ont été érigés en remplacement d’une ancienne chapelle trop vétuste pour pouvoir être restaurée et témoignent ainsi de cette disparition : Dans les Alpes-de-Haute-Provence, l’oratoire Saint-Pancrace et l’oratoire Saint-Roch à La-Bréole, ainsi que l’oratoire Notre-Dame-de-Lima à Saint-Vincent-les-Forts, sont tous les trois surmontés d’un campanile dans lequel la cloche de l’ancienne chapelle a retrouvé sa place.
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 Il faut aussi citer les oratoires qui jalonnent les Chemins de Croix en marquant les stations de la passion du Christ montant au calvaire. Ces Chemins de Croix et Chemins du Rosaire aboutissent fréquemment devant une chapelle située sur une éminence dominant le village.
 
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TEMOINS DES SIECLES PASSES

 
Erigés en souvenir d’un événement particulier certains oratoires nous font revivre des pages de l’Histoire de France.
La Mariette de Besdon à Saint-Hilaire-le-Châtel, dans le département de l’Orne, commémore la fin de l’occupation du Perche Normand par les Anglais en novembre 1449. « Pour mémoire perpétuelle de ceste défaicte, les habitants du-dict Mortaigne firent faire et eslever au lieu où fut la dicte défaite ung petit oratoire où estoit l’image de la Vierge, appelée la Mariette de Besdon »
La Mariette de Charnelles, située sur la commune de Piseux (Eure), rappelle la tragique bataille perdue par les français devant Verneuil-sur-Avre au cours de la guerre de Cent Ans. Une plaque commémorative porte l’inscription suivante : « Le 17 août 1424, sous le règne de Charles VII, dans cette plaine cinq mille Français ont glorieusement succombé, défendant contre les Anglais la Ville de Verneuil. ».
 
A Boulogne-la-Grasse (Oise), une niche fixée sur le tronc d’un très vieil orme de plus de quatre mètres de circonférence abritait une statue de Vierge à l’Enfant, connue sous le nom de ‘Vierge-de-la-Bataille’ du nom d’un ancien hameau qui devait son nom à labataille au cours de laquelle, en 1437, Etienne de Vignoles, plus connu sous le nom de La Hire, fut vainqueur de Jean de Luxembourg qui vendit aux Anglais Jeanne d’Arc qu’il avait fait prisonnière devant Compiègne le 23 mai 1430.
 
A Revigny, dans le Jura, l’Oratoire de La-Paix-des-Pyrénées commémore la signature de ce traité par l’inscription gravée sur son linteau « HONORABLE PHILIBERT CONVERS DICT DESCHAMPS MA FAICT CONSTRUIRE ET ERIGER L’AN DE LA GRANDE PAIX ENTRE LE ROI TRES CATHOLIQUE ET LE ROI TRES CHRETIEN.- 1660 -. »
 
 
Les Oratoires du Chemin-des-Rois, au Plan-d’Aups (Var), évoquent les pèlerinages effectués par de nombreux Rois et Reines de France venus se recueillir à la grotte de La-Sainte-Beaume.
 
François I° en visite à la Sainte Beaume avec Claude de France, son épouse,
acueilli par un dominicain au pied de l’escalier coduisant à la grotte.

Mémoire de nos Villages, de modestes oratoires restent seuls à veiller sur les ruines de villages abandonnés comme celui de Châteauneuf-de-Moustiers (Alpes-de-Haute-Provence) ou ceux du Hameau de La Melle (Commune de Blieux) et du Hameau de Lioux, incendiés par les troupes d’occupation au cours de la dernière guerre.

 
  

 
BIBLIOGRAPHIE
 
De nombreux ouvrages traitent des Oratoires, et nous vous recommandons :
 
LES ORATOIRES DE FRANCE DEPUIS LES ORIGINES
Par Pierre Irigoin, illusté par Pierre Lhuillier
Edité par Connaissance et Sauvegarde des Oratoires
Ce livre est la référence absolue sur la connaissance et l'étude des oratoires.
 
LES ORATOIRES DU DIEU DE PITIÉ
Par Paul & Jean Dieudé
Les oratoires sur les terres du Duc de Bourgogne.
En vente chez l'auteur, cliquez sur cette ligne.
 
LES ORATOIRES DU DOUBS
 
CHAPELLES ET ORATOIRES En Pays de Somme

ORATOIRES ET NICHES de Pierre Bleue
par René Guilinger et Jean-Noël Marissal
En vente par l'auteur, cliquez sur cette ligne.

LES CHEMINS DES CHAPELLES ET DES CALVAIRES DE FLANDRE
Par Michel Loosen
Foyer culturel de l'Houtland (1988)

À LA DÉCOUVERTE DES CHAPELLES DU PAYS DE WEPPES
Par Patrick Ansar, Maÿlis Jeanson, Thierry Sandevoir
ARARCO

LES CHAPELLES ET ORATOIRES DE SARE
Jacques Antz
Ed. Harriet, 1997

Et plusieurs autres ouvrages produits par des auteurs et des associations locales.

Etc.