Vie et légende de saint gens

VIE ET LÉGENDE DE SAINT GENS

Saint Gens est un saint très populaire dans le Comtat-Venaissin (Vaucluse) et en Provence; par contre il est fort peu connu en dehors de ces provinces. Or nous connaissons 22 oratoires dédiés à St Gens, quelques fontaines de dévotion et des croix, essentiellement en Provence, ce qui nous a conduit à publier cette vie de St Gens, écrite en 2000 par Jean Dieudé et publiée alors dans le Bulletin semestriel N°3. Nous avons pensé qu'il était judicieux de mettre Saint Gens en lumière. Certaines photos ont été rajoutées à celles de l'article. Vous pouvez trouver ces oratoires sur notre Base de Données www.oratoires.com en sélectionnant 'oratoire' et le mot-clé 'Saint gens'

Saint Gens naquit à Monteux en 1104. Fils de paysans bouviers, son père portait le nom de Bournarel et sa mère se prénomait Imberte. Sa mère lui donna le nom de Gens, qui en provençal signifie « beau et gracieux »

Le voisinage des moines Antonins, chargés de soigner les personnes atteintes du « mal des ardents » également appelé « feu de Saint Antoine » eut une grande influence sur sa spiritualité et le prépara à sa vocation d’ermite.
À douze ans il suscitait les moqueries de ses petits camarades en leur parlant de Dieu et de la Vierge Marie.

Lorsque la sécheresse menaçait les récoltes, les habitants de Monteux avaient l’habitude de sortir de la chapelle Saint Raphaël la statue de l’archange pour la plonger dans le ruisseau du « Ricaveau » afin que, pour se venger de ce traitement, il arrose les fidèles avec l’eau du ciel.

Un jour Gens se révolta contre cette pratique, relevant d’une superstition païenne qu’il jugeait blasphématoire, et après avoir brisé la statue s’écria «  O peuple de Monteux, il ne pleuvra plus sur votre pays jusqu’à ce que vous ayez fait pénitence ». Condamné à trois jours de prison, il fut chassé à coups de pierres par ses camarades.

Emportant avec lui deux vaches ainsi qu’une charrue et quelques outils que lui avait donné son père, il partit en direction du Beaucet à l’extrémité d’une gorge sauvage et se construisit un abri sur les ruines d’un monastère cassianite. Il y vécut en ermite, consacrant son temps à la prière et la méditation.

Avec ses deux vaches, il entreprit de labourer un lopin de terre pour assurer sa subsistance. Un jour, tandis qu’il était absorbé dans ses méditations, un loup affamé survint et dévora une des vaches. Implorant la volonté divine, Gens réprimanda le loup qui pour se faire pardonner accepta d’être attelé à la charrue avec la vache survivante.

Le miracle de la source

Pendant ce temps, à Monteux, la sécheresse sévissait. Les montilliens se souvinrent alors des avertissements de Gens et supplièrent sa mère d’intervenir auprès de lui afin d’obtenir la pluie sur leurs terres qui depuis trois ans ne produisaient plus de récoltes.

Après s’être rendue à Carpentras prier Notre-Dame de Santé, Imberte, accompagnée de deux consuls, eut l’inspiration de se rendre au Beaucet où elle trouva son fils dans ce désert aride.
Elle le supplia de retourner à Monteux, mais il demande une nuit de réflexion. Ne le trouvant plus le lendemain matin, elle repart à sa recherche et le découvre enfin au pied de la paroi rocheuse surplombant son abri.


Imberte vient supplier son fils

La source miraculeuse

Epuisée par la chaleur, elle se sentait défaillir et souffrait d’une soif ardente ; pour la désaltérer, Gens, à l’aide de deux doigts fit jaillir deux sources du rocher, l’une d’eau et l’autre de vin, mais sur le conseil de sa mère il assécha cette dernière ne laissant couler que la source d’eau qui ne tarit jamais même pendant les plus grandes sécheresses.

Procession de Saint Gens au Beaucet

Sur les instances de sa mère, Gens accepta de retourner à Monteux où dès son retour la pluie bienfaisante se mit à tomber sur la terre desséchée lui redonnant sa fertilité et produisant d’abondantes récoltes.

Cependant Saint Gens reprit le chemin du désert et retourna dans la solitude afin d’y mener une vie contemplative. Pendant ses méditations et ses prières, les anges, la vierge et l’Enfant Jésus lui apparurent à diverses reprises. Sentant venir la mort, il se coucha dans la tombe qu’il avait creusée dans le roc, où il s’éteignit en souriant le 16 mai 1127 à l’âge de 23 ans.

Saint Gens avait laissé le loup à Monteux, où il était choyé par toute la population ; un jour il se mit soudain à gémir et à hurler, puis s’enfuit du village et au même instant, toutes les cloches se mirent à sonner. Tous les habitants eurent alors le pressentiment de la mort du Saint.

Une délégation partit sur le champ sur les traces du loup pour se rendre au désert du Beaucet et durant la nuit « nobles, manants, jeunes et vieux, à pieds ou à cheval se mirent en marche ». Ce fut le premier pèlerinage, qui depuis cette date, chaque année dans la nuit du 16 mai quitte Monteux pour se rendre sur la tombe de Saint Gens, où selon la légende, le loup se laissa mourir sur la tombe de son maître.


Départ du cortège à Monteux

Le tête du cortège

Dans les rues de Monteux

En route vers Le Beaucet

Le pèlerinage se déroule au départ de Monteux en passant par Carpentras et Saint-Didier. Précédés par un cavalier, les porteurs de la bannière suivis d’un second cavalier, puis des porteurs de la statue du Saint effectuent le parcours de 18 Km, au pas de course jusqu’au Beaucet.

Au Beaucet, la procession se forme au pied de la grande statue du Saint située en bordure des remparts. Les porteurs de la chasse, habillés de blanc et de jaune, couleurs pontificales, doivent effectuer le parcours au pas de course avec un arrêt devant chaque oratoire.


Sanctuaire du Beaucet

Le Saint et le Loup

Reliquaire de Saint Gens

 

Les oratoires du Beaucet

Premier oratoire sur le chemin conduisant à l’Ermitage de Saint Gens. Sur la gauche en contrebas de la route, il est construit sur un massif rocheux dans la base duquel est creusé une tombe rupestre dénommée « Le lit du Saint ».

Les pèlerins viennent s’y coucher.

Large soubassement de pierre surmonté d’un socle puis d’un court pilier de section carrée terminé par une corniche moulurée supportant la niche en plein cintre encadrée de deux pilastres à chapiteaux, fermée par une grille à barreaux verticaux, elle renferme une statue polychrome du Saint, tenant son aiguillon et accompagné du loup légendaire à ses pieds.

La toiture épouse la forme de la niche et se termine en forme d’épi.

Deuxième oratoire dit du « Loup » érigé à l’endroit où, selon la légende, un loup tua l’une des deux vaches que le Saint attelait à sa charrue.

Un triptyque du peintre animalier Paul Vayson, conservé à la mairie de Murs, représente dans sa partie centrale Saint Gens labourant avec un attelage composé du loup et de la vache qui lui restait. Un vitrail de l’église de Vacqueyras représente la même scène.

Pilier carré en pierre de taille avec corniche sur laquelle repose une niche dont la partie supérieure trilobée rappelle la forme des coiffures bouddhiques. Le toit arrondi épouse la forme de la niche et se termine par une arête dentelée.

Troisième oratoire sur le parcours dit «  Oratoire du Labour ».

Surélevé sur deux marches, large pilier de section rectangulaire en pierres de taille, ceinturé par une corniche moulurée sur laquelle repose une grande niche ogivale surmontée d’un petit fronton triangulaire. Belle grille de fer forgé avec volutes sur le pourtour.

Toit à deux pentes de faibles inclinaisons.

Date de 1877 gravée sur le fronton pouvant correspondre à la plaque commémorative (dans le sanctuaire) du don fait à l’église de Saint Gens par le Pape Pie IX.

Quatrième oratoire de la série en bordure de la route « 300 mètres après avoir dépassé le sanctuaire. Oratoire dit de « La Rencontre ».

Pilier de pierres de taille sur deux marches ceinturé par une corniche sur laquelle repose une niche romane ; la toiture épouse la forme de la niche avec retour de la corniche sur les cotés.

Grille à barreaux verticaux protégeant un bas-relief représentant la rencontre du Saint avec sa mère. Erigé en 1877, une plaque de marbre porte l’inscription :

« Sa mère par ses larmes
« Vint ici l’attendrir »
« Mais quitter tant de charmes »
« Gens préférerait mourir »

Cinquième oratoire de la série. On y accède en quinze minutes de marche par un sentier caillouteux partant de l’oratoire précèdent.

Sur cinq marches en escalier lui servant d’assisses, un pilier en pierres de taille, ceinturé par une corniche, supporte une niche romane dont le toit terminé en épi épouse la forme.

Belle grille de fer forgé avec volutes protégeant un bas relief.

Erigé à proximité immédiate de la source miraculeuse que selon la légende le Saint fit jaillir du rocher pour faire boire sa mère mourant de soif.

Une plaque de marbre rappelle au passant que cette eau miraculeuse guérit des fièvres contagieuses

Le sixième oratoire est une « Fontaine sacrée » située à l’entrée du parvis du sanctuaire.

Très belle fontaine constituée d'une grande vasque demie-hémisphérique adossée à un fronton de style classique comportant une tête d'ange de chaque côté, et au centre une tête crachant l'eau miraculeuse.

 

Le fronton est surmonté d'un petit oratoire abritant une main avec de part et d'autre une vache et un loup.

 

 

Bannières de procession de Saint Gens

Lors de chaque procession, les bannières très imagées, accompagnent les cortège des pèlerins, représentant toutes les paroisses de la région et de Provence qui vouent un culte à Saint Gens. De même le Pape Pie IX avait honoré le Saint et le sanctuaire par une plaque de marbre en témoignage.


Don du Pape PIE IX

Photos Ribelly, Jayme, Jean Dieudé.
Texte selon Jean Dieudé, octobre 2000, (mis en ligne le 4 février 2014)

Vous pouvez consulter la fiche établie par Jean Dieudé en 2005 pour l"inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinages de la France, conduit sous la direction de Madame Catherine Vincent, Professeur à la Sorbonne et à l'université de Paris X à Nanterre.  Accès par : http://sanctuaires.coldev.org/  Grille de recherche : Saint Gens ou Le Beaucet (84)

Visitez aussi le site officiel de Saint Gens : http://www.saintgens.fr/topic/index.html

Visitez un site en Franco-Provençal sur le pèlerinage : http://www.ribelly84.fr/Vidogens/st_gens.html